« Il faut avec les mots de tout le monde écrire comme personne. »
Cette citation de Colette est la citation qui ouvre le Guide du Copywriting.

De belles citations sur l’écriture, la lecture, le style, j’en ai quelques-unes en stock, mais celle-ci est de loin ma préférée.

Elle est à la fois très douce à la lecture, et pourtant d’une exigence folle.

Aujourd’hui, je vous parle de Colette, et de l’inspiration qu’elle représente pour moi… et comment vous pouvez vous aussi vous approprier cette citation pour atteindre l’excellence.

Qui est Colette ? Sa vie, son œuvre, ses livres célèbres.

Colette est née en 1873 en Bourgogne. Dès sa jeunesse, elle baigne dans les lettres grâce à son goût pour la littérature française classique et grâce à son père qui lui donne des leçons de français.

Son premier mari, Henry Gauthier-Villars dit Willy, éditeur et homme de lettres, l’introduit dans les cercles littéraires et l’encourage à écrire.

Elle se lance alors dans l’écriture de romans sur ses souvenirs d’enfance qu’elle publie dans un premier temps sous le pseudonyme de son mari, la série des romans Claudine.

Le premier roman de cette série de 4 livres, Claudine à l’école est aujourd’hui l’un de ses classiques.

Colette était une femme libre. Elle divorce en 1906 de Willy, se produit dans des music hall en spectacle dans des tenues légères et entretient une relation amoureuse avec des femmes dont Mathilde de Morny qui partage la scène avec elle.

Elle continue alors à publier de nombreux romans qu’elle signe désormais de son nom, Colette, et sa renommée progresse.

Elle est auteure d’un grand nombre d’ouvrages, plusieurs dizaines, dans lesquels on compte par exemple Chéri, publié en 1920 qui raconte l’histoire et la rupture d’une courtisane plus âgée ou Le blé en herbe, inspiré par sa propre relation avec un jeune homme de 16 ans.

Ce qui marque les lecteurs dans les romans de Colette, c’est à la fois son style sensible, sensuel et son analyse psychologique des personnages aux relations souvent anticonformistes.

Ce style d’écriture lui permet d’écrire de beaux tableaux de la nature, notamment de sa Bourgogne natale, mais aussi d’explorer de manière réaliste le thème des relations interpersonnelles, du désir pour l’autre aux limites du mariage.

Cette liberté de ton fera souvent scandale, scandale renforcé par la vie sentimentale mouvementée de Colette : elle se marie une seconde fois en 1912, une troisième en 1935 après ses nombreux amants et amantes.

Mais cette vie n’empêchera pas le milieu littéraire de rendre des hommages mérités à Colette.
Elle est nommée présidente de l’Académie Goncourt, qui remet le célèbre prix littéraire, entre 1949 et 1954.

Aujourd’hui, elle est reconnue comme l’une des premières auteures à utiliser le genre de l’autofiction, qui est une fiction écrite à la première personne et librement inspirée des événements de sa vie.

Les thèmes qu’elle aborde et son sens de la formule font que ses romans sont reconnus pour leur liberté de ton et l’émancipation des femmes, bien que Colette ait toujours été farouchement opposée au féminisme.

Mais concentrons-nous sur cette citation de Colette qui m’a tant inspiré : « Il faut avec les mots de tout le monde écrire comme personne ».

Colette comme modèle d’écriture ?

Cette citation de Colette, je la vois tous les jours quand je promène ma fille dans les jardins du Palais Royal.

Si vous êtes parisien, vous savez que sur les bancs verts du Palais Royal ont été peintes des citations d’artistes, de Cocteau et de Colette en 2018. (Nom de l’opération : Le Jardin des belles lettres)

Certaines ressemblent à des haïkus, et celle qui inspire cet article (dans l’allée à droite, quand vous arrivez par la Place Colette et traversez les colonnes de Buren) est un rappel constant du travail exigeant du copywriter :

Les mots de tout le monde, certes, mais un niveau d’excellence inaccessible pour le plus grand nombre.

Les mots de tout le monde, évidemment : notre travail quand nous communiquons, quand nous vendons, est de faire passer un message de la manière la plus simple, la plus claire possible.

(C’est la fameuse méthode KISS)

Quel que soit le niveau scolaire, intellectuel, social de notre lecteur, nous devons faire tout notre possible pour choisir des mots qu’il comprendra. Les mots de tout le monde. Les mots de la vie de tous les jours.

Et pourtant, et c’est ce que j’adore dans cette citation, c’est l’antithèse entre les mots de tout le monde et la rigueur de l’écriture.

L’opposition si forte entre l’accessibilité, un texte pour tous, mais une discipline de fer pour l’auteur, qui doit se dépasser.

Qui doit sélectionner les meilleurs mots.

Qui doit se relire, retravailler, découper, réécrire ses textes, réeffacer.

Qui passe par des phases de doute, d’hésitation, « cette phrase à la place d’une autre ? », « je ne remettrais pas la précédente, plutôt ? ».

A la fin, vous comme moi, nous disposons des mêmes mots. Nous avons le même dictionnaire, la même base.

C’est notre travail d’aller chercher les meilleurs mots, pour nos lecteurs, et de ne pas céder à la facilité, ou à la tentation du jargon pour paraître intelligent.

Telle est la vocation du copywriter.

Un dernier mot Jean-Pierre ?

Merci Colette !

Sélim Niederhoffer, auteur du Guide du Copywriting