Alors que je lisais le dernier ouvrage de Frédéric Beigbeder, Ibiza a beaucoup changé, au bord de la plage en ce début avril, j’ai eu un sentiment de déjà-vu, déjà lu. Et c’est ce que je venais chercher chez ce vieux fêtard touche-à-tout : une dose d’insouciance, de jeunesse qui fuit.

Ce recueil de nouvelles, c’est du recyclage. Ces short stories de Beigbeder avaient déjà toutes été publiées, j’avais donc déjà lu celles parues dans le Figaro et le Figaro Mag. Ce qui m’intéresse ici, c’est de partager avec vous les leçons marketing du vieux sage de Neuilly.

#1 Faites votre promo vous-même

Sinon, qui la fera ?

A la manière d’un Bret Easton Ellis, Frédéric Beigbeder a toujours usé et abusé du name-dropping, mais aussi du « brand dropping ». Comment le héros est-il habillé ? Quelle marque de champagne sirote-t-il ? Tout ça, c’est le personnage.

Par trois reprises, au fil des pages, Frédéric Beigbeder évoque sa vodka, Le Philtre. C’est important parce que ses lecteurs ont probablement une affinité particulière avec le monde de la nuit et les spiritueux. En clair : c’est du bon ciblage. Même si j’ai arrêté de sortir et presque arrêté de boire (on est en avril, j’ai bu un whisky et un cocktail depuis janvier…)

Sur Linkedin, j’ai aperçu un post sur le parcours client. On ne parle plus de 7 touch points ou de 12 ou de 20 touch points, mais de 50 touch points. Source : un fondateur de Saas qui raconte le call « Better call Ouss » qu’il a eu avec Oussama Amar. S’il faut vraiment que le prospect soit exposé 50 fois à la marque avant de passer à l’action : faites votre promo en permanence !

#2 L’effet série pour s’attacher au personnage

On retrouve les deux avatars de Frédéric Beigbeder, ceux qu’on côtoie depuis la fin des années 1990 : Octave Parango, et Marc Marronnier. On replonge dans le même univers, c’est familier, c’est le pouvoir de la nostalgie. Je sais où je vais : c’est comme démarrer House of the Dragon ou A Knight of the Seven Kingdoms après avoir fini Game of Thrones. L’attachement aux lieux et aux personnages est déjà là, autant en profiter.

#3 Produire, encore et toujours, sans se soucier de la qualité

Ibiza a beaucoup changé n’est pas « bon ». Ce n’est ni de la grande littérature, ni des intrigues spectaculaires, ni de la satire. C’est un moment passé avec un auteur majeur de notre époque.

Beigbeder est comme vous et moi : il a étudié les grands auteurs, les grands peintres, Johnny et Michael Jackson. Il sait que dans la vie d’un artiste, il y a des œuvres majeures, et des œuvres moins fortes. Mais comme un Picasso ou un grand footballeur, qui ont des saisons de moins bien, le verdict ne sera rendu qu’au coup de sifflet final. Et en attendant, il faut produire.

Vous aussi. Certains de vos textes seront bons, voire excellents. D’autres, mauvais. Mais toutes les expériences ont prouvé que la qualité aidait toujours à améliorer la quantité.

Alors si vous êtes comme moi, « dans l’écriture », écrivez. Chaque jour. Notez vos pensées. Prenez des notes. Essayez d’être bon. Mais même si vous ne l’êtes pas, ce n’est pas ce qui compte. L’important, c’est la régularité. Et si vous voulez devenir copywriter, c’est par ici !

#4 La LTV, pas au cœur du business de Beigbeder

La LTV, c’est la valeur à vie d’un client (LifeTime Value) : ce que rapporte un voyageur sur toute sa vie à la SNCF, ou un client sur toute sa vie à Signal ou Colgate.

J’ai regardé ma bibliothèque, pour voir combien j’ai rapporté à Frédéric Beigbeder depuis qu’il publie des romans. Ils trônent tous sur l’étagère, donc plus d’une dizaine. En partant du principe que l’ex-animateur télé touche entre 15 et 20% de droits d’auteur, à 20 balles le livre, ça fait 4 euros par livre X 10 = 40€.

Je suis un lecteur fidèle. J’achèterais encore plus de livres de lui si seulement il avait une newsletter. Si seulement il daignait s’intéresser à l’email marketing, le canal le plus rentable ! Je fais partie des super fans, j’achèterais les yeux fermés. En même temps, venant de quelqu’un qui n’a ni site internet, ni newsletter, c’est logique, c’est cohérent avec le personnage.

Mais il a un compte Instagram pour faire la promotion de ses conversations chez Lapérouse !

#5 Restez sur votre territoire de marque

Des ventres, des chevilles fines, et des premiers baisers. De la drogue, de l’alcool et la fête. La notoriété. On retrouve les thèmes habituels traités par Frédéric Beigbeder dans cette compil’ de nouvelles. La cartographie de la jet-set, l’Ashram Sunset à Ibiza, NYC, Paris, Saint Tropez et Bayonne. Les interviews, exercice fétiche de Beigbeder, sont présentes : celle de Barbie, celle du père Noël. Il partage aussi les règles pour une bonne interview :

Ibiza a beaucoup changé

Les nuits sans lendemain sont les deux plus belles nouvelles à mon sens : une rencontre, celle d’une inconnue qu’on ne reverra jamais, dont on ne connaît parfois même pas le prénom. Comble du romantisme ?

J’ai été moins enthousiaste sur les histoires du séjour en famille à Center Parcs, peut-être parce que cette évolution du Beigbeder père de famille n’est pas ce que j’ai envie de lire.

Conseil marketing bonus : les backlinks, écrivez partout

A la fin du livre, on nous donne la source des nouvelles compilées. Ça va du Figaro à Libération, de Lui à la NRF. « Peu importe qu’on parle de vous en bien ou en mal, l’essentiel, c’est qu’on parle de vous ? » pour paraphraser Léon Zitrone.

Mon avis sur Ibiza a beaucoup changé ? C’est 3 à 4 heures de retrouvailles avec un bon pote qui nous fait toujours marrer, avec lequel on voit le temps passer. Qui lutte contre l’IA et ce nouveau monde d’algorithmes qui nous dévore.